Le pardon des Oiseaux à Toulfoën

 

Le pardon des Oiseaux à Toulfoën.

Par Marcel Gozzi et Lydie le Floc’h  – Pardon aux Oiseaux

Autrefois, chaque lundi de la Pentecôte, les habitants de Quimperlé et de sa région organisaient une fête à Toulfoën.

Les enfants y vendaient des petits oiseaux en cages : mésanges, accenteurs mouchets, rouges-gorges, chardonnerets, verdiers, pinsons, grives, pics-verts, merles, etc. Ces volatiles, capturés de diverses manières : glu, pièges ou simplement pris dans leurs nids, étaient vendus pendant la fête.

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Vieille fête ? Sans doute, puisque Jean Ogée mentionne déjà ce pardon en 1843.

Il signale qu’à Toulfoën, «l’on y vend, de mémoire d’homme, une grande quantité d’oiseaux […] ce pardon attire un nombre considérable d’étrangers».

Plus ancienne encore ?

Sans doute. Certains même font remonter son origine à Maurice Duault, devenu saint Maurice par la grâce des habitants. Au 12e siècle, les nombreux oiseaux dérangeaient les moines en prières par le vacarme de leurs chants. Pour se débarrasser d’eux, Maurice organisa une procession. Tous les oiseaux suivirent les moines jusqu’à une clairière – celle de Toulfoën, sans doute – où des bûcherons les capturèrent, les mirent en cages et les vendirent aux promeneurs, le lundi de la Pentecôte.

Cette explication relève de la légende et du rêve. Aucun document ne précise l’origine de ce pardon. Peut-être simplement une vieille coutume gauloise, selon Pierre Le Métayer ?

Les adultes accompagnaient leurs enfants dans cette fête païenne sans chapelle, ni fontaine de dévotion, ni saint patron. Ils participaient aux réjouissances avec leurs costumes d’apparat, leurs musiques et leurs chants bretons. Binious, cornemuses et hautbois jouaient des airs traditionnels auxquels faisaient échos des valses, des mazurkas et des quadrilles joués par un orchestre, sur des extraits de musique classique empruntés à Gioacchino Rossini et à Jacques Aubert.

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Cette fête populaire, connue et célèbre attirait les foules. Les « étrangers » venus de Lorient et les « paysans » de Cornouaille et du Vannetais côtoyaient les habitants de Quimperlé. Mais, captivés par l’ambiance festive, les participants ne faisaient pas la différence ; tous s’amusaient, chantaient et dansaient la gavotte au son des hautbois « et le jabadao au son de la bombarde sur les chemins et dans la clairière de Toulfoën, devant l’auberge. Les bardes locaux et les sonneurs célèbres, comme Matilin an Dall , vers le milieu du 19e siècle, apportaient leur contribution.

Le pardon des Oiseaux devint vite populaire, si bien que le nombre des participants augmenta. Pour mieux tirer parti de cette manifestation, la Ville de Quimperlé prit en charge l’organisation des festivités.

En 1862, elle créa une Commission des fêtes. L’initiative était heureuse d’autant plus que l’année suivante connut un regain de visiteurs avec l’ouverture de la gare du chemin de fer.

Et la fête du pardon attira encore plus de monde. On lui consacra deux jours pleins à partir de l’an 1889, puis trois en 1903.

Malgré la concurrence du pardon de Saint-Maurice, relancé en 1885, dans les ruines de l’ancienne abbaye, par son propriétaire Léon Lorois , jamais l’assistance au Pardon des Oiseaux à Toulfoën n’a faibli.

Selon un tableau de Crozet en 1905 (Collection Pierre Le Thoër)

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Même la signature, le 19 mars 1902, d’une convention internationale sur la protection des petits oiseaux utiles à l’agriculture, qui entraîna l’arrêt définitif de leur vente en 1907, n’a pas freiné le développement du Pardon à Toulfoën.

On n’achetait plus d’oiseaux, mais on s’amusait beaucoup. Non seulement la fête revenait chaque lundi de Pentecôte, mais encore elle prenait de l’importance.

Vingt mille personnes participaient chaque année entre 1918 et 1939. Et après l’intermède de la guerre, les festivités reprirent sous l’impulsion du Comité des fêtes de Quimperlé. Dans les années cinquante, le pardon des Oiseaux à Toulfoën devint la fête la plus populaire de l’Ouest.

Le comité des fêtes organisait des concours de bagadou. Les formations venaient de loin pour concourir, avec leurs binious, leurs bombardes et leurs percussions. Les assistants accouraient : à pied, à cheval, à bicyclette, en voiture automobile ou en train. Cinquante mille, puis cent mille, et jusqu’à cent cinquante mille personnes assistèrent aux festivités de la Pentecôte entre 1952 et 55.

La clairière de Toulfoën était trop petite et la ville de Quimperlé submergée par le flot des participants. On servait des repas dans les halles de la basse ville. La route n° 49 qui longe la Laïta et les routes adjacentes étaient noires de monde. La fête atteignit alors son apogée. 

On vendait même des produits dérivés dans les boutiques de Quimperlé, comme cette coupelle en faïence dédiée à Toulfoën. 

Coupelle en faïence créée à l’occasion du Pardon des Oiseaux. 04.jpg

A partir de 1960, la désaffection de la jeunesse, les problèmes budgétaires rencontrés par le comité organisateur, les dissensions au sein de la Commission des fêtes, les hésitations et les tergiversations des responsables entraînèrent un déclin progressif de la fête populaire à Toulfoën.

On tenta bien de lui donner un fonds religieux en organisant une messe bretonne à Quimperlé, on essaya de lancer une fête médiévale – simple parenthèse – en 1980, mais rien ne put arrêter le déclin du Pardon des Oiseaux qui disparut en 1991.

Et maintenant, que reste-t-il ?

Des souvenirs émouvants dans la mémoire des anciens qui ont connu cette grande fête populaire, une manifestation qui n’avait d’égale que le Festival Inter celtique de Lorient ou les Vieilles Charrues à Carhaix.

Et chez les plus jeunes, les moins de quarante ans, rien… Les récits de leurs parents, peut-être, un article sur un site d’Internet ; personne ne peut imaginer l’ambiance et la liesse folle qui animaient les organisateurs et la foule aux costumes chatoyants qui venait s’amuser, chanter et danser.

Maintenant, dans la clairière de Toulfoën, en grande partie colonisée par les arbres, les genêts et les fougères, difficile même à retrouver, on peut encore admirer un menhir monumental solitaire redressé en 1955 grâce à l’intervention du Syndicat d’Initiative de Quimperlé et une stèle qui évoque le Pardon des Oiseaux.

Une pierre d’ardoise gravée sur la stèle porte la mention suivante :

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ICI
A TOULFOËN
EN CE LIEU
SE TIENT
DEPUIS DES
TEMPS
IMMEMORIAUX
CHAQUE LUNDI
DE LA
PENTECOTE
LE LEGENDAIRE
PARDON
DES OISEAUX

Par Marcel Gozzi et Lydie le Floc’h.

Article intégral avec les référencesPardon aux Oiseaux

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Vidéo : 

A narrated color film sequence of a festival, « Pardon of the Birds » in Quimperle (Brittany, France) ca. 1971

 

Petit reportage en breton par l’école Diwan de Quimperlé sur le pardon des oiseaux 

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